Le 9 octobre, à l'initiative de Jessie Claude et de son équipe, la diaspora haïtienne s'est réunie au Sénat pour la Conférence de la Paix pour Haïti, en présence du ministre Jean-Noël Barrot, de l'ambassadeur Louino Volcy et de représentations de la Caraïbe et d'Amérique latine.

Photo de couverture : Judith Litvine / Georges Alexandre
Le 9 octobre, la diaspora haïtienne s'est donné rendez-vous au Sénat pour la Conférence de la Paix pour Haïti. Une journée pensée non comme une fin, mais comme un point de départ, en présence du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et de plusieurs représentations diplomatiques de la Caraïbe et d'Amérique latine.
Paris, 9 octobre 2026. — C'est au Palais du Luxembourg, siège du Sénat, que s'est tenue vendredi la Conférence de la Paix pour Haïti, à l'initiative de Jessie Claude et de son équipe. Un rendez-vous voulu par la diaspora pour parler de paix, mais surtout d'avenir.

Les discours d'ouverture ont donné le ton, sans détourner le regard des blessures du passé : « L'histoire portant son lot d'injustices, l'histoire portant son lot de souffrance, il n'est aucune de celles-ci qui doivent être minimisées, ni ignorées. Bel et bien présentes, aucune action ne pourra les invisibiliser. »
Les problématiques que traverse Haïti sont nombreuses, reconnaît l'organisatrice. Mais pour Jessie Claude, il faut désormais tenter d'initier et de proposer : « Nous ne pouvons plus attendre, le peuple qui souffre dans le pays n'en peut plus d'attendre ! »
« Parce qu'il est temps que le mot paix aille avec Haïti », la conférence se veut la rampe de lancement d'une dynamique pacificatrice et coopérative. Ses initiateurs l'assument : tout ce qui reste à faire ne peut se définir en une journée, ni seul. « Elle n'est pas une fin, mais un début. »

Le gouvernement français a honoré la conférence de la présence du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Une présence saluée par Jessie Claude comme « un soutien considérable et historique dans les relations séculaires qui unissent Haïti et la France ». Et de conclure : « Ces nations ont une histoire certes, mais elles ont surtout un avenir à construire ! »

Le discours du ministre a pris des allures de véritable rapport. Jean-Noël Barrot a passé en revue l'ensemble des dispositifs mis en place par la France pour accompagner Haïti : formation des forces armées et de la police, soutien aux écoles, appui dans de nombreux autres domaines. Lucide, il a reconnu que l'élection prévue en décembre pourrait ne pas se tenir à la date annoncée. Mais il l'a réaffirmé : la France soutient tous les efforts en faveur d'Haïti et se tiendra toujours à ses côtés.
Autre moment fort de la journée, le discours de la députée de la Martinique Béatrice Bellay, très attachée à Haïti, a profondément touché la salle. Elle a rappelé qu'Haïti avait donné le ton à tous les peuples noirs. Si le pays traverse aujourd'hui des moments difficiles, a-t-elle souligné, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et l'ensemble des outre-mer connaissent les mêmes difficultés, avec simplement un peu plus de développement. Et tous, a-t-elle assuré, soutiennent Haïti et les Haïtiens de tout cœur.

Plusieurs représentations diplomatiques ont répondu présent : les ambassades du Chili, du Brésil, du Guatemala, du Honduras, du Salvador et de la Colombie en France, ainsi que l'ambassade de la Jamaïque en Belgique et auprès de l'Union européenne, représentée par Mme Diedre Mills, venue de Bruxelles. Jessie Claude a adressé à ces États voisins « une sincère et profonde reconnaissance ».
Son Excellence Louino Volcy, ambassadeur d'Haïti en France, a lui aussi marqué l'événement de sa présence et de son soutien, donnant à la conférence une portée considérable.

Après les discours officiels, place aux échanges. Deux tables rondes se sont succédé dans l'amphithéâtre. La première, consacrée aux enjeux sécuritaires et humanitaires et modérée par le journaliste de RFI Achim Lippold, réunissait l'écrivain Gaby Étienne-Jean et Ludjinie Elien, coprésidente de l'association ESPWA. La seconde, consacrée aux perspectives économiques et démocratiques, était animée par le journaliste et romancier haïtien Philomé Robert, de France 24. Elle rassemblait l'économiste haïtien Etzer Émile, intervenu depuis Haïti par visioconférence, et le professeur Samuel Pierre, venu du Canada, professeur titulaire à Polytechnique Montréal et fondateur de l'Institut des Sciences, des Technologies et des Études Avancées d'Haïti (ISTEAH).
L'intervention de Gaby Étienne-Jean s'est appuyée sur un solide travail de recherche, salué par l'assistance, sur la situation sécuritaire, les déplacés et les populations qui subissent la violence. Il a notamment tenu à une distinction de fond : il ne faut pas parler de « gangs », mais de « groupes armés », tant ces structures sont organisées.
Au cours de cette première table ronde, une carte de l'emprise des groupes armés et des ressources agricoles du pays a été projetée, présentée comme une synthèse indicative d'octobre 2026. Elle montre une réalité souvent oubliée : la violence s'étend aussi sur les terres qui nourrissent Haïti, de la vallée de l'Artibonite, grenier à riz du pays, à la plaine du Cul-de-Sac.

Lors de la seconde table ronde, le professeur Samuel Pierre, érudit et savant haïtien aux multiples engagements, a porté le volet scientifique et technique. Il a insisté sur le fait qu'Haïti a toujours sa carte à jouer, dans l'informatique comme dans les sciences, notamment à travers ses écoles techniques et universitaires. Pour lui, il faut dépasser les clivages politiques et conjoncturels afin de ramener Haïti au cœur de la scène internationale.

Sous la bannière de l'ISTEAH, une présentation a également porté sur « l'initiative citoyenne en faveur de la sécurité haïtienne ». Le manifeste de l'ICiSP pose un principe clair : « La solution au problème d'insécurité en Haïti doit provenir du peuple haïtien, avec l'appui de ses vrais alliés. » Parmi les pistes avancées, une mobilisation citoyenne à travers le service civique mixte obligatoire (SCMO), prévu par l'article 52-3 de la Constitution de 1987.

L'ISTEAH a aussi mis en avant ce qu'il présente comme les fondamentaux du développement humain : l'École fondamentale Anne-Nelly Saint-Preux (150 élèves, 7 classes) et le Centre de la petite enfance Paul-Gérin-Lajoie (125 enfants, 3 niveaux).

Nous reviendrons en détail sur ces travaux dans la deuxième partie de notre compte rendu.
La tenue de la conférence au Palais du Luxembourg doit beaucoup au sénateur Rachid Temal. Jessie Claude a tenu à remercier son « ami, collègue et soutien », ainsi que ses équipes, sans l'engagement desquels l'événement n'aurait pu voir le jour.

C'est le professeur Jean-Marie Théodat, géographe et grand témoin de la rencontre, qui a clôturé la conférence.
Le Journal La Maison salue le travail de Jessie Claude et de son équipe, qui ont su réunir sur une même tribune des acteurs venus d'horizons différents, devant un public nombreux, divers et bon enfant. Cette première partie, consacrée aux discours officiels, ouvre une série. La suite est à découvrir dans nos prochaines éditions.
Photos : Gédem's Francklin EDOUARD, chef de rédaction du Journal La Maison, sauf mention contraire.
Gédem's Francklin EDOUARD / CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

Le tableau le plus cher de l'histoire, vendu 450 millions de dollars en 2017, serait l'œuvre de Giovanni Boltraffio, disciple de Léonard de Vinci, à 81 % de probabilité. C'est la conclusion du chercheur brésilien Átila Soares da Costa Filho et de son logiciel d'intelligence artificielle Luminari.

Milot dans le Nord, Les Cayes dans le Sud : le ministre des Sports Pythagore Dumas a présenté le 14 octobre un projet de deux stades. Pour l'instant, seul le financement des études figure au budget 2026-2027.

Micros branchés, caméras en place, salle pleine : à 48 heures du concert ZILE, Anie Alerte a rencontré la presse ce jeudi 15 octobre. Rendez-vous samedi 17 octobre à l'Espace Chevreul de Nanterre, avec Antonny Drew, pour une grande nuit de musique haïtienne.