L'Académicien Dany Laferrière salue le roman de Thélyson Orélien, « C'était ça ou mourir », et offre en creux un geste de pardon et de reconnaissance littéraire à son jeune confrère haïtien.

L'Académicien franco-haïtien Dany Laferrière a pris la plume pour saluer l'ascension littéraire de Thélyson Orélien, jeune écrivain haïtien dont le roman C'était ça ou mourir aborde de front le drame de la migration.
Dans un texte publié récemment, le lauréat du prix Médicis 2009 pour L'énigme du retour revient sur son propre parcours de lecture, avouant avoir volontairement pris ses distances avant de se plonger dans l'ouvrage. Sa lecture achevée, le verdict est sans appel : il salue une « vraie promesse d'écrivain à l'ambition universelle ».
Laferrière insiste sur la force du sujet traité par Orélien — la migration, la douleur humaine, la traversée du Darién — qu'il compare à la démarche de Tchekhov partant enquêter sur le bagne de Sakhaline en 1890. Il souligne aussi l'écriture heurtée, presque musicale, du jeune romancier, la rapprochant du phrasé de Thelonious Monk au piano : une écriture qui refuse le lissé pour privilégier le rugueux.
L'Académicien ne cache pas non plus les limites d'un premier roman : un auteur encore jeune, plus à l'aise avec l'espace qu'avec le temps du récit, parfois pris dans quelques facilités narratives. Mais ces réserves n'entament pas l'enthousiasme général du texte.
Sans jamais évoquer directement les accusations qui ont lourdement pesé sur l'auteur de C'était ça ou mourir, Dany Laferrière semble, à travers ce texte, offrir à Orélien une forme de pardon subtil et de grâce intellectuelle. En choisissant de se concentrer uniquement sur la valeur littéraire de l'œuvre, il invite aussi les lecteurs à redécouvrir, sous un autre angle, ce roman qui a déjà fait couler beaucoup d'encre — et beaucoup de larmes.
Laferrière rappelle au passage le riche palmarès littéraire haïtien — Depestre au Renaudot, lui-même au Médicis, Lahens au Femina et à l'Académie française — et note qu'il ne manque plus que le Goncourt. Il place Orélien, dont le roman figure parmi les premières sélections 2026 de ce prix, dans la lignée des grands noms haïtiens déjà remarqués par ce jury au fil des décennies, de Jacques Stephen Alexis à Louis-Philippe Dalembert.
En consacrant ces lignes à Orélien, Dany Laferrière confirme ce qu'il appelle lui-même l'apparition d'un nouvel écrivain — et rappelle, une fois de plus, la vitalité de la littérature haïtienne sur la scène francophone.
Gédem's Francklin EDOUARD
CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

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