Dans son rapport final de septembre 2026, le Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti révèle que 70 % des 336 cartouches de 7,62 × 51 mm saisies auprès des gangs de Jamesley et de Krache Dife avaient été détournées des stocks de la Police nationale d’Haïti.

Dans son rapport final publié en septembre 2026, le Groupe d’experts des Nations unies révèle que 70 % des 336 cartouches de calibre 7,62 × 51 mm documentées lors de saisies auprès des groupes armés de Jamesley et de Krache Dife provenaient des stocks de la Police nationale d’Haïti. Le document met en lumière la persistance des détournements de munitions et l’implication présumée de policiers corrompus dans l’approvisionnement des gangs.
Port-au-Prince, 8 octobre 2026. — Les groupes armés en Haïti continuent de s’approvisionner en munitions provenant des stocks des forces de sécurité nationales. C’est l’un des constats préoccupants du rapport final du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti, référencé S/2026/714 et transmis au Conseil de sécurité.
Au paragraphe 111, les experts indiquent que, sur les 336 cartouches de calibre 7,62 × 51 mm documentées lors de saisies réalisées en 2026 auprès des groupes armés de Jamesley et de Krache Dife, 70 % avaient été détournées des stocks de la PNH. Cette proportion concerne précisément les munitions examinées dans ces saisies, et non l’ensemble des cartouches détenues par les gangs en Haïti.
Le rapport identifie plusieurs mécanismes susceptibles d’expliquer la présence de ces munitions dans les arsenaux criminels. Certaines auraient été abandonnées ou récupérées après des affrontements ayant entraîné des pertes dans les rangs policiers. D’autres cas indiqueraient des opérations de trafic impliquant des agents corrompus.
Les experts affirment avoir enquêté sur un réseau de policiers de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO) soupçonnés de vendre des munitions à des gangs. Ce réseau aurait notamment opéré à partir du commissariat de Pat-Chawal, dans la commune de Saint-Marc.
Le rapport précise également que des policiers ont été arrêtés durant la période étudiée pour des faits présumés de trafic d’armes et de munitions. Malgré ces arrestations, les détournements se poursuivraient ; certains agents récupéreraient des munitions inutilisées pour les revendre à des groupes armés, à des groupes d’autodéfense ou à des sociétés de sécurité privée.
Ces révélations ne constituent pas un constat isolé. Dans son rapport intérimaire publié en mars 2026, le Groupe d’experts avait déjà signalé la présence de munitions issues des stocks de la PNH dans les arsenaux de plusieurs groupes armés.

Les experts avaient alors analysé 1 158 cartouches saisies entre octobre 2025 et février 2026 auprès de gangs opérant notamment à Kenscoff, à Croix-des-Bouquets, à Delmas 2 et à Bel-Air. Parmi les 510 cartouches de calibre 5,56 × 45 mm dont l’année de fabrication était identifiable, plus de 80 % avaient été produites entre 2022 et 2024.
Cette analyse avait également révélé que les groupes de Jamesley, de Krache Dife et certains gangs opérant à Kenscoff utilisaient des types de munitions similaires, ce qui suggérait des transferts entre groupes armés ou des sources d’approvisionnement communes. Les experts avaient alors souligné que les détournements de munitions de la PNH demeuraient particulièrement préoccupants pour le calibre 7,62 × 51 mm.
Le rapport final de septembre prolonge donc une alerte déjà formulée par les experts de l’ONU : les groupes armés ne dépendent pas uniquement des réseaux internationaux de trafic d’armes. Les pertes sur le terrain, les transferts entre gangs et les détournements au sein des institutions nationales contribuent également à alimenter leurs arsenaux.
Le Groupe d’experts relève par ailleurs des insuffisances dans la gestion des armes et des munitions saisies par les autorités. En 2025, la PNH a récupéré 356 armes à feu, dont 132 fusils. Cependant, selon le rapport, l’absence d’un mécanisme centralisé de gestion des saisies rend certains matériels difficiles à retracer et expose une partie d’entre eux à de nouveaux détournements.
Les experts signalent aussi avoir identifié des munitions utilisées par des gangs et un groupe d’autodéfense dont les caractéristiques correspondaient à celles de munitions récemment importées par les Forces armées d’Haïti. La chaîne de possession de ces munitions n’ayant pas été clairement établie, les experts ont demandé des éclaircissements au ministère de la Défense. Une partie du matériel importé aurait été transférée à la PNH, selon les informations communiquées aux experts.
Ces éléments soulèvent des questions sur la traçabilité des stocks, le contrôle des distributions et la sécurisation des munitions après leur saisie.
Le constat des Nations unies met ainsi en évidence un enjeu central pour la lutte contre les gangs : au-delà des opérations policières et militaires, l’efficacité de la réponse sécuritaire dépend également de la capacité des autorités à empêcher que les armes et les munitions des institutions publiques alimentent les réseaux criminels.
Jean Junior Joseph
Correspondant du Journal La Maison à Port-au-Prince

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