Reportage place de la Concorde : au Village de la Gastronomie, le stand haïtien de Carline Irantus (Saveur Créole 509) fait de la cuisine une diplomatie populaire.

Dans ce Paris bourgeois, dès la sortie du métro Concorde, les narines sont assaillies par des senteurs exotiques à tire-larigot. À peine a-t-on posé le pied sur la place que l'air semble avoir changé de nationalité : il ne sent plus seulement Paris, il sent l'Afrique, les Caraïbes, le Maghreb, l'Amérique et toutes ces contrées qui ont apporté dans leurs bagages leurs épices, leurs recettes et leurs secrets de cuisine. Il faut cependant mériter cette plongée dans la gastronomie mondiale : une longue file d'attente s'étire depuis la place jusqu'à l'entrée du Village et serpente comme un immense ruban humain. L'attente n'est certes pas des plus aisées, mais elle vaut largement le coup, car une fois les portes franchies, le spectacle commence véritablement.
Le Village de la Gastronomie a ouvert ses quatre battants pendant quatre jours, jeudi 10, vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 septembre 2026, pour accueillir toutes celles et tous ceux qui, par leur travail, leur passion et leur talent, se donnent pour mission de faire connaître les saveurs de leurs pays, de leurs peuples et de leurs cultures. Pendant ces quatre jours, Paris est devenue une immense table autour de laquelle les peuples du monde sont venus s'asseoir, non pas pour négocier des traités ou échanger des discours diplomatiques, mais pour partager ce qu'ils ont de plus intime : leur cuisine.
À l'extérieur, les stands rivalisaient de couleurs, d'imagination et de créativité. Chaque pays semblait avoir voulu transformer quelques mètres carrés en une parcelle de sa terre natale. Les drapeaux claquaient, les odeurs se croisaient, les voix se mélangeaient, et les visiteurs passaient d'un continent à l'autre sans quitter la place de la Concorde, une sorte de tour du monde sans passeport, un voyage où les kilomètres sont remplacés par les parfums. L'Algérie était là, avec un stand flambant neuf aux couleurs nationales. Le Maroc était également présent, ainsi que le Tchad, la Côte d'Ivoire et la République démocratique du Congo. Le Canada, lui, était représenté par le Québec, avec un stand particulièrement alléchant, installé juste en face de celui d'Haïti.
Et c'est précisément là que le regard s'arrête. Car face au Québec se dresse Haïti avec ses blessures, ses contradictions, ses innombrables malheurs, mais aussi avec son extraordinaire capacité de résistance et ce patrimoine culinaire que nous avons trop souvent tendance à oublier nous-mêmes.
Au stand haïtien, Carline Irantus, de Saveur Créole 509, et toute son équipe mettaient les petits plats dans les grands pour servir une file d'attente qui traînait en longueur. Entre deux conversations avec madame Julienne Morisseau et monsieur Péguy Bazile, accompagné de sa fidèle responsable de communication, mademoiselle Toussaint, les échanges allaient bon train. Le stand était animé, les curieux nombreux, et l'équipe de madame Irantus faisait preuve de professionnalisme à tout point de vue : elle n'était pas simplement venue servir des assiettes, elle était venue présenter un pays, montrer ce qu'il y a de beau dans ce pays meurtri.

Car, plus que jamais, nous autres Haïtiens devons comprendre que notre pays ne peut pas être enfermé dans le seul récit du kidnapping, de la violence, des gangs et de l'instabilité chronique. Ces réalités existent, elles nous blessent profondément, et personne ne peut les nier. Mais à force de montrer Haïti à travers les images de quartiers dévastés, de barricades et de populations déplacées, certains finissent par oublier qu'une nation ne se résume jamais à ses plaies. Un pays n'est pas seulement ce qui lui arrive : il est aussi ce qu'il continue de créer malgré ce qui lui arrive.
Il y a un autre Haïti. Un pays qui chante, qui compose, qui peint, qui crée, qui cuisine, qui reçoit, qui invente et qui transmet ; un pays qui prend place, avec ses écrivains, dans les prix littéraires les plus prestigieux ; une nation qui possède une histoire, une culture et un patrimoine capables de parler au monde entier. Et la gastronomie fait précisément partie de cette richesse, elle est peut-être même l'une de nos diplomaties les plus accessibles.
Là où un discours politique peut diviser, une assiette peut rapprocher. Le goût ne demande pas de visa : il entre partout, il franchit les frontières sans permission, il désarme les méfiances et accomplit parfois ce que la diplomatie officielle échoue à faire. Une assiette ne peut pas mentir sur son parfum. Une épice ne peut pas trahir son origine. Une recette ne peut pas maquiller indéfiniment l'histoire du peuple qui l'a créée. Une assiette peut être un passeport ; un parfum peut ressusciter un pays entier dans la mémoire d'un exilé.
La cuisine gomme les barrières avec une efficacité presque désarmante. Elle met les hommes sur un pied d'égalité devant une table : le ministre et l'ouvrier, le diplomate et l'étudiant, l'ancien colonisé et l'ancien colonisateur peuvent, le temps d'une dégustation, se retrouver face à la même évidence, le plaisir est universel. C'est ce travail que Carline Irantus accomplit avec Saveur Créole 509. Elle transforme son espace en une petite ambassade populaire, sans protocole ni tapis rouge. Ici, pas besoin de grands discours sur Haïti : il suffit parfois de goûter pour commencer à comprendre. Elle met Haïti sur la table, au sens propre comme au sens figuré.
Le stand haïtien jouxtait celui de la République démocratique du Congo. Entre les deux, les odeurs montaient vers le ciel et flottaient dans l'air parisien avec une insolence délicieuse. On passe devant le stand. On regarde. On respire. On hésite. Puis on goûte. Et lorsqu'on goûte, on comprend immédiatement que la gastronomie haïtienne a encore beaucoup de choses à dire au monde. Car Haïti a toujours été un pays de mélanges : sa cuisine porte les traces de l'Afrique, de l'Europe, des Caraïbes et de sa propre histoire. Elle est à l'image de notre peuple, née dans la difficulté, nourrie de résistances, mais capable de produire une étonnante richesse à partir de moyens parfois modestes.
Chez Carline Irantus, l'accueil participe lui aussi de cette diplomatie culinaire. La courtoisie devient presque un ingrédient supplémentaire : on vous présente les plats, on vous explique, on vous invite à goûter. Et recevoir, chez les Haïtiens, n'est jamais un acte anodin. Nous avons peu de richesses matérielles, mais nous avons cette richesse presque insolente qui consiste à ouvrir notre porte, notre table et notre cœur. Chez nous, même lorsque la marmite est petite, l'hospitalité cherche toujours à lui faire une place supplémentaire.
Pendant quatre jours, le Village de la Gastronomie a transformé la place de la Concorde en une sorte de planète miniature : cinquante-deux stands, autant de fenêtres ouvertes sur des territoires différents, autant de peuples venus dire, voilà ce que nous sommes, voilà ce que nous mangeons, voilà ce que nous transmettons. Les allées n'ont jamais semblé connaître le repos : les visiteurs circulaient sans interruption, s'arrêtaient devant les stands, questionnaient, photographiaient, dégustaient, revenaient parfois sur leurs pas.

Ce dimanche, il suffisait de regarder les allées et venues devant le stand 509 pour mesurer l'intérêt suscité. Les visiteurs s'arrêtaient, observaient, interrogeaient, goûtaient. Certains découvraient, d'autres reconnaissaient. Les Haïtiens, eux, retrouvaient dans ces parfums quelque chose de leur maison, de leur enfance, de leurs fêtes et de ces tables familiales où l'on apprend tôt que partager un repas, c'est déjà partager un peu de soi. Devant le stand de Carline Irantus, Haïti n'était donc pas en train de demander qu'on la plaigne. Elle invitait à la découvrir. Et c'est une nuance fondamentale, car un peuple peut être pauvre sans être pauvre de culture. Il peut être meurtri sans être vaincu.

Ce dimanche, place de la Concorde, parmi les dizaines de nations réunies autour de leurs fourneaux, Haïti avait donc quelque chose à dire au monde : venez goûter, venez découvrir, venez voir ce que nous sommes au-delà des images de nos malheurs. Et devant le stand 509, les visiteurs semblaient répondre à l'invitation. Au milieu de cette immense chorale des saveurs, Haïti avait sa voix, une voix portée par Carline Irantus et Saveur Créole 509, une voix qui disait simplement au monde : nous sommes encore là.

Le tableau le plus cher de l'histoire, vendu 450 millions de dollars en 2017, serait l'œuvre de Giovanni Boltraffio, disciple de Léonard de Vinci, à 81 % de probabilité. C'est la conclusion du chercheur brésilien Átila Soares da Costa Filho et de son logiciel d'intelligence artificielle Luminari.

Milot dans le Nord, Les Cayes dans le Sud : le ministre des Sports Pythagore Dumas a présenté le 14 octobre un projet de deux stades. Pour l'instant, seul le financement des études figure au budget 2026-2027.

Micros branchés, caméras en place, salle pleine : à 48 heures du concert ZILE, Anie Alerte a rencontré la presse ce jeudi 15 octobre. Rendez-vous samedi 17 octobre à l'Espace Chevreul de Nanterre, avec Antonny Drew, pour une grande nuit de musique haïtienne.