Des jeunes de la MECS Les Terres Rouges, à Clermont-l'Hérault, ont conçu un journal numérique pédagogique gratuit sur la mémoire de l'esclavage. Relayé par le Défenseur des droits et trois académies, il circule déjà de La Réunion au Canada.

Clermont-l'Hérault. — Et si la mémoire de l'esclavage pouvait voyager de bibliothèque en bibliothèque, de classe en classe, de territoire en territoire ? C'est le pari relevé par des jeunes du Service d'Accompagnement de Jour de la MECS Les Terres Rouges, à Clermont-l'Hérault. Ensemble, ils ont réalisé « Mémoire de l'Esclavage », un journal numérique pédagogique entièrement gratuit, publié en deux livrets.
Le projet est né d'une démarche éducative claire : faire de ces jeunes non plus seulement des lecteurs de l'Histoire, mais des acteurs de sa transmission. Plutôt que de recevoir un savoir, ils l'ont recherché, mis en forme et rendu accessible à d'autres. Une manière de s'approprier une page douloureuse du passé et d'en faire un outil de compréhension pour leurs pairs.
Une présentation vidéo du parcours, encore en cours de finalisation, est déjà consultable : voir la vidéo sur Vimeo.

Le second livret s'ouvre sur une phrase qui donne le ton : « L'esclavage n'a pas seulement enchaîné des corps. Il a tenté de briser des âmes. La mémoire, elle, est insoumise. »
Les jeunes y décortiquent d'abord le Code noir de 1685, signé par Louis XIV, et son article 44 qui déclarait les esclaves « meubles ». Le livret évoque aussi le vote du 28 mai 2026 par lequel les députés ont abrogé ce texte. Viennent ensuite les figures de la résistance : Harriet Tubman, Zumbi dos Palmares, Nanny of the Maroons, et, pour Haïti, Dutty Boukman et la cérémonie du Bois-Caïman, puis Toussaint Louverture, mort au fort de Joux en 1803.
Le livret ne s'arrête pas à l'abolition. Il rappelle les indemnités versées aux propriétaires d'esclaves, au Royaume-Uni en 1833 comme en France en 1848, alors que les personnes libérées ne recevaient rien. Il aborde aussi les zoos humains, la loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité, et la « rupture de filiation » : ces noms effacés et ces familles séparées qui laissent aujourd'hui encore des descendants face à un trou de mémoire.
Le cœur du livret est une vidéothèque, accessible par QR codes. Les jeunes y interrogent eux-mêmes plusieurs personnalités : Davy Rimane, député de Guyane ; Annie-Laure Hilarus, collaboratrice parlementaire du député de Martinique Jiovanny William ; l'historien Paulin Ismard, de l'Université Aix-Marseille ; Barbara Chiron, des Anneaux de la Mémoire ; Serge Romana, coprésident du comité de pilotage du mémorial national des victimes de l'esclavage ; l'éducatrice Nancia Avisoa, sur les voyages mémoriels à Ouidah et à Gorée ; et Dieudonné Boutrin, président de l'association La Coque Nomade Fraternité.
Le livret se conclut par un remerciement à Evelyne Vaïty, représentante Nouvelle-Aquitaine de la Fédération française des clubs pour l'UNESCO, qui a accompagné le projet. Les jeunes saluent son soutien et son regard sans jugement, grâce auxquels ils disent avoir mené ce travail avec fierté.
En quelques mois, le journal a franchi bien des frontières. Il a déjà circulé en France métropolitaine, à La Réunion, en Martinique, à Mayotte, en Guadeloupe, mais aussi en Espagne et au Canada.
Sa reconnaissance institutionnelle suit. Le Défenseur des droits l'a référencé comme kit pédagogique sur sa plateforme Educadroit. Les académies de La Réunion, de Bordeaux et de Montpellier l'ont relayé sur leurs sites officiels. Le dictionnaire en ligne La Toupie l'a, de son côté, intégré à sa définition scolaire du mot « esclavage ».
Plusieurs structures ont contribué à sa diffusion, parmi lesquelles le FONJEP, la Fondation Lilian Thuram, le Musée de Mayotte, le Carrefour Jeunesse-Emploi de Montréal, la Bibliothèque d'Aspiran et le Laliwondaj a timoun en Guadeloupe.
Depuis son lancement le 20 juin 2026, la première partie a été consultée 1 735 fois et la seconde 596 fois, selon les chiffres communiqués par les porteurs du projet.
Les deux livrets sont librement accessibles et partageables. Ils s'adressent aux élèves comme aux enseignants, aux familles, aux lecteurs curieux et aux professionnels de l'éducation.

Pour les communautés haïtiennes, antillaises, réunionnaises et africaines, cette initiative résonne fortement. Haïti, première république noire née d'une révolution d'esclaves, sait mieux que quiconque que la mémoire de l'esclavage n'est pas une affaire du passé : elle structure encore les identités, les combats et les regards. Voir des jeunes de l'Hérault donner une place à Boukman et à Toussaint Louverture, puis faire circuler ce travail jusqu'à Montréal et Mamoudzou, est un signal précieux : la transmission n'appartient pas qu'aux historiens.
Le Journal La Maison salue ce travail et encourage enseignants, associations et familles de la diaspora à se saisir de ces livrets.
Gédem's Francklin EDOUARD / CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

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