Le bilan de la catastrophe himalayenne atteint 1 325 morts et près de 5 600 disparus au Népal et au Tibet. Un rapport scientifique international affirme que le glacier du Langtang Lirung avait montré, depuis l'espace, des signes d'instabilité dans les jours précédant sa rupture — et que l'alerte destinée aux ouvriers des chantiers était très faible.

Article actualisé le 5 septembre 2026.
Le bilan de la crue qui a ravagé la vallée de la Trishuli, entre le Népal et le Tibet, continue de s'alourdir. Le bulletin du soir de l'autorité népalaise de gestion des catastrophes, le 4 septembre, recense 1 294 morts et 5 053 disparus. L'agence chinoise Xinhua portait le même jour le bilan tibétain à 31 morts et 531 disparus. Soit 1 325 vies perdues et près de 5 600 familles sans nouvelles.
Mais le fait nouveau n'est pas seulement comptable. Un rapport scientifique international affirme que le glacier avait montré, dans les jours précédant sa rupture, des signes visibles depuis l'espace.
Dans les premières heures du 26 août, la police népalaise annonçait 162 corps retrouvés et la Chine trois morts au Tibet. Le 31 août, on dépassait 950 morts. Le 2 septembre, 1 114. Aujourd'hui, 1 325.
La géographie des corps en dit long. Chitwan, très en aval, concentre 359 décès ; Nawalparasi Est, 219. Le district de Rasuwa, où tout a commencé, en compte 140. La vague n'a pas noyé : elle a emporté. Des corps ont été retrouvés jusqu'à 240 kilomètres en aval, en Inde.
C'est aussi ce qui explique l'écart d'un à quatre entre morts et disparus. Il faut le dire clairement : une personne portée disparue n'est pas une personne morte. Routes coupées, réseaux téléphoniques détruits, vallées isolées — beaucoup sont vivants et injoignables. Près de 12 000 personnes ont été secourues au Népal.

L'Agence spatiale européenne a publié le 31 août une série d'images acquises par la mission Copernicus Sentinel-2. La comparaison est sans appel : là où coulait une rivière de montagne, on distingue une cicatrice de boue et de débris qui a élargi le lit sur des kilomètres.
La Charte internationale Espace et catastrophes majeures ainsi que le service européen de cartographie d'urgence Copernicus ont été activés dès les premiers jours pour fournir aux secours une lecture du terrain que personne, au sol, ne pouvait obtenir.

Le récit des causes s'est construit en plusieurs étapes, et il vaut la peine de le suivre, car les premières explications étaient fausses.
Vers 8 h 40 heure locale, une portion de glacier se détache sur les flancs du Langtang Lirung, sommet de 7 234 mètres situé dans le parc national de Langtang. La masse de glace et de roche s'effondre dans la vallée, barre le cours de la Lhende Khola, puis le barrage improvisé cède. C'est cette rupture, et non la pluie de mousson, qui libère le mur d'eau.
Les sismographes du monde entier ont enregistré le choc. Le centre Helmholtz GFZ de Potsdam, en Allemagne, mesure une secousse dont la signature ne correspond à aucun séisme tectonique connu. L'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) parle d'abord d'un tremblement de terre de magnitude 4,4, avant de corriger : le signal était celui de l'effondrement lui-même, réévalué à une magnitude équivalente de 5,2.
Côté chinois, aucune anomalie n'a été relevée. Sarthak Shrestha, analyste au Centre international pour le développement intégré de la montagne (ICIMOD) de Katmandou, indiquait à l'AFP que l'avalanche de roche et de glace s'était produite en territoire népalais.
Le résultat : selon les autorités népalaises, la Trishuli est montée de neuf mètres en trente minutes. Le flot a parcouru près de cent kilomètres.
C'est l'élément le plus lourd de conséquences. Une évaluation rapide des risques réalisée par un collectif de scientifiques internationaux, le groupe HiRISK, et diffusée dès le 28 août, conclut à l'existence d'indications antérieures à l'événement. Les images satellites montraient une modification de la surface du glacier dans les jours précédant sa rupture. La revue Nature a documenté de son côté une accélération du mouvement de l'ensemble glace-roche juste avant l'effondrement.
Jakob Steiner, co-auteur du rapport et géologue qui conseille le gouvernement népalais sur les risques himalayens, a déclaré à la chaîne australienne ABC que les systèmes d'alerte destinés aux ouvriers des chantiers étaient très faibles. La question est dès lors posée : une meilleure préparation aurait-elle évité que des centaines d'ouvriers se retrouvent piégés dans les tunnels et sur les chantiers hydroélectriques ?
Il faut toutefois se garder du procès facile. Comme le rappelle Nature, la plupart des dispositifs de surveillance existants sont conçus pour les vidanges de lacs glaciaires, pas pour les effondrements soudains de systèmes glace-roche en haute altitude. Des milliers de pentes bougent en permanence sans jamais céder. Et le site se trouve à cheval sur une frontière : sans partage rapide des données entre Katmandou et Pékin, aucune alerte n'était techniquement possible.
Reste ce fait, lui, incontestable : en une décennie, la Chine et le Népal ont multiplié routes, barrages, tunnels et centrales dans cette zone frontalière de haute montagne, sans que la surveillance des risques suive au même rythme.

Timure et Syapru Besi, dans le district de Rasuwa, ont été parmi les premières localités frappées. Plus bas, Nuwakot et Dhading ont été atteints. Côté tibétain, la boue a submergé le poste-frontière de Gyirong, dans la préfecture de Shigatse — un point de passage commercial majeur entre la Chine et le Népal.
Le Premier ministre népalais a fait état d'au moins 48 ponts suspendus détruits. La Prithvi Highway, axe vital vers la capitale, a été coupée. Des centrales hydroélectriques ont été balayées, privant le réseau national d'une partie de sa production et emportant avec elles des équipes entières d'ouvriers.
Katmandou a débloqué un milliard de roupies népalaises, environ 6,5 millions de dollars. Washington a annoncé 3,6 millions de dollars d'aide humanitaire d'urgence. Les Nations unies estiment que 65 000 personnes ont besoin d'un accès d'urgence à l'eau et à l'assainissement, et que plus de 22 000 enfants requièrent une protection.
La région sinistrée est une route de trekking et de pèlerinage. Le ministère népalais de la Culture et du Tourisme a signalé que 579 touristes, dont plus de 400 étrangers, n'étaient pas localisés. Le contingent étranger le plus nombreux parmi les disparus est indien : beaucoup se rendaient en pèlerinage hindou vers le mont Kailash. La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a fait état d'au moins 34 ressortissants australiens disparus. La Malaisie a signalé 55 de ses ressortissants injoignables. Côté tibétain, les agences chinoises indiquaient que 261 des personnes alors portées disparues étaient des étrangers, dont plus d'une centaine de Népalais.
Le 2 septembre, au temple de Pashupatinath à Katmandou, des familles ont procédé à des funérailles symboliques, incinérant des effigies d'herbe kush selon le rite hindou népalais, faute de corps à pleurer.
La question qui suit toute catastrophe de ce type est celle de sa cause profonde. Sur ce point, les voix convergent — mais il faut être précis.
Oxfam France rappelle que les vidanges brutales de lacs glaciaires se produisent aujourd'hui dans l'Himalaya cinq fois plus fréquemment que dans les années 1950, et que le GIEC identifie explicitement une hausse de ce risque dans les hautes montagnes d'Asie. L'ICIMOD a recensé plus d'une vingtaine de lacs jugés dangereux dans le seul bassin népalais.
Le géophysicien Göran Ekström, de l'observatoire Lamont-Doherty de l'université Columbia, établit un lien direct entre la multiplication de ces glissements de terrain en haute montagne et la fonte des glaciers. Alton Byers, géographe à l'université du Colorado à Boulder, insiste de son côté sur le dégel du pergélisol, qui descelle littéralement les pentes.
Une nuance s'impose toutefois. Aucune étude d'attribution n'a encore chiffré la part exacte du réchauffement dans cet événement précis, et les géologues évoquent aussi le rôle du soulèvement tectonique dans la déstabilisation du massif. Dire que le climat a tué au Népal serait aller plus vite que la science ; dire qu'il rend ces catastrophes plus probables est aujourd'hui solidement établi.
La montagne reste instable. Prashant Baral, analyste de la cryosphère à l'ICIMOD, avertit que la glace restante, la roche fracturée et les pentes récemment remaniées peuvent encore céder après une avalanche de cette ampleur. Les dépôts frais eux-mêmes évoluent vite sous l'effet de l'érosion, des infiltrations et de la fonte de la glace enfouie.
Une note d'espoir toutefois : le lac qui s'était formé dans le cratère d'impact, sous le glacier effondré, s'est en grande partie vidé. Selon Alton Byers, l'urgence d'une nouvelle libération d'eau vers l'aval a nettement reculé.
Reuters rapportait le 2 septembre que le Népal prévoit de reconstruire son système d'alerte précoce le long de la frontière chinoise. L'aveu est cruel : entre l'effondrement du glacier et l'arrivée de la boue au poste-frontière de Gyirong, les caméras de surveillance ont enregistré sept minutes. Sept minutes pour alerter, évacuer, courir.
C'est là tout le problème des crues glaciaires : elles ne préviennent pas comme une mousson. Elles tombent d'en haut, sans pluie, sans ciel noir, un matin ordinaire. Sauf que cette fois, selon les scientifiques, la montagne avait donné des signes. Personne ne les regardait.
Sources : autorité népalaise de réduction et de gestion des risques de catastrophe (NDRRMA), Xinhua, Agence spatiale européenne (Copernicus Sentinel-2), USGS, centre Helmholtz GFZ de Potsdam, rapport HiRISK, revue Nature, ICIMOD via l'AFP, ABC (Australie), CNN, France 24, Al Jazeera, Reuters, The Kathmandu Post, Nations unies, Oxfam France.
Gédem's Francklin EDOUARD
CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

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