Le 24 septembre, Donald Trump recevra Xi Jinping à Washington. Derrière les questions commerciales et les droits de douane, une autre bataille se joue : celle du contrôle des technologies qui définiront la puissance mondiale de demain. Intelligence artificielle, semi-conducteurs et cybersécurité seront au cœur du rapport de force entre Washington et Pékin.
Le 24 septembre, Donald Trump recevra Xi Jinping à Washington. Derrière les questions commerciales, les droits de douane et les tensions stratégiques, une autre bataille se joue : celle du contrôle des technologies qui définiront la puissance mondiale de demain. Intelligence artificielle, semi-conducteurs et cybersécurité seront au cœur du rapport de force entre les deux capitales.
Le président chinois arrive accompagné de son épouse Peng Liyuan et d'une importante délégation d'hommes d'affaires. Ce sera sa première visite d'État aux États-Unis depuis 2015 — onze ans d'absence — et sa deuxième rencontre en face-à-face avec Donald Trump en moins de cinq mois, après le déplacement du président américain à Pékin, du 13 au 15 mai dernier. Deux visites d'État en cinq mois entre les deux premières puissances mondiales : la fréquence, à elle seule, dit l'importance du moment. Fait notable, Xi Jinping a choisi la Maison-Blanche en faisant l'impasse sur l'Assemblée générale des Nations unies, qui se tient au même moment à New York.
Pour la première fois, l'intelligence artificielle figure officiellement à l'agenda d'un sommet sino-américain. Washington et Pékin la considèrent désormais comme un enjeu à la fois économique, militaire et stratégique. Les deux capitales partagent une inquiétude — la vitesse à laquelle la technologie progresse — sans partager la moindre confiance.
C'est le point essentiel : l'IA n'est plus seulement une technologie, elle devient une infrastructure de puissance. Celui qui maîtrise les modèles, les données, les centres de calcul, les puces et les réseaux pèse sur l'industrie, la défense, la cybersécurité, la recherche scientifique, la robotique et l'information. Ce n'est plus un secteur économique parmi d'autres : c'est le socle sur lequel repose tout le reste.
Les pistes de discussion évoquées par les spécialistes sont modestes, mais elles diraient beaucoup si elles aboutissaient : une ligne d'urgence entre les deux pays en cas de crise déclenchée par une IA, l'engagement de tenir ces systèmes à l'écart des chaînes de commandement nucléaire, un échange d'informations entre laboratoires sur les cyberattaques conduites par des IA. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, s'est dit ouvert à discuter de ces risques partagés avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, lors de réunions préparatoires tenues à New York. Formule prudente : parler de risques partagés, c'est évoquer le détournement des modèles, pas le partage de la puissance. Aucun des deux camps n'envisage de ralentir.
Le signal est aussi dans la salle. Sam Altman (OpenAI), Jensen Huang (Nvidia) et Tim Cook (Apple) sont attendus au dîner d'État du 24 septembre, selon Reuters et Bloomberg. Les mêmes dirigeants accompagnaient déjà Donald Trump à Pékin en mai. À l'issue de ce sommet-là, la sécurité de l'IA avait été évoquée — et rien n'avait été signé.
Pour faire fonctionner les IA les plus puissantes, il faut des puces avancées. C'est là que Washington disposait de son levier le plus efficace : l'interdiction d'accès aux semi-conducteurs américains de dernière génération. Ce levier s'est desserré. Le 8 décembre 2025, Donald Trump autorisait la vente à la Chine des puces H200 de Nvidia, moyennant un prélèvement de 25 % au profit du Trésor américain. Puis, le 15 janvier 2026, le Bureau américain de l'industrie et de la sécurité (BIS) a publié une règle qui fait passer les demandes d'exportation des Nvidia H200 et AMD MI325X vers la Chine et Macao d'un refus quasi automatique à un examen au cas par cas — sous conditions strictes : approvisionnement suffisant du marché américain, garanties de sécurité chez l'acheteur, tests indépendants aux États-Unis. Les puces de la génération suivante, les Blackwell, restent interdites.
Or voici le paradoxe : depuis cette ouverture, pas une seule H200 n'est arrivée en Chine. Une dizaine de groupes chinois — Alibaba, Tencent, ByteDance, JD.com — disposent pourtant de licences américaines. Ce n'est plus Washington qui bloque, c'est Pékin. Le Conseil des affaires d'État chinois a lancé une revue de sécurité de ses chaînes d'approvisionnement visant à réduire la dépendance aux semi-conducteurs américains, et les résultats se voient déjà : DeepSeek a confirmé que son dernier modèle avait été optimisé pour tourner sur les processeurs Huawei, et Alibaba annonce la production de masse de ses propres puces graphiques. L'embargo technologique a produit ce qu'il voulait empêcher : une industrie chinoise décidée à se passer des États-Unis.
Le contrôle, lui, fuit de partout. Une enquête du New York Times publiée ce mois-ci affirme qu'un fabricant de serveurs installé en Californie, filiale américaine d'un groupe chinois, a exporté pour 5,6 milliards de dollars de technologies avancées vers l'Asie du Sud-Est entre avril 2024 et février 2026, dont plus de 3 milliards de serveurs équipés des puces les plus performantes de Nvidia, finalement destinés à des clients chinois.
La question de fond est donc double. Les semi-conducteurs sont-ils devenus les armes stratégiques de cette guerre froide technologique ? Et jusqu'où Washington peut-il fermer l'accès à Pékin sans pénaliser ses propres entreprises, qui perdent un marché immense et poussent, de fait, leur concurrent à s'émanciper ?
C'est l'angle le plus spectaculaire, et le moins visible. Le 8 septembre, l'Agence nationale de sécurité (NSA), le FBI et l'agence américaine de cybersécurité (CISA) ont publié une alerte conjointe d'une rare fermeté : six entreprises chinoises — DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI — y sont accusées d'extraire à l'échelle industrielle les capacités des modèles américains les plus avancés, par une technique appelée distillation. Selon les agences, cette pratique ne serait pas un complément mais le cœur même de leur stratégie de développement, et les campagnes remonteraient à la fin de 2024. Pékin a rejeté ces accusations dès le lendemain, les jugeant sans fondement en fait comme en droit.
À cela s'ajoute la menace classique, devenue chronique. L'évaluation annuelle des menaces publiée en 2026 par le renseignement américain désigne la Chine comme la menace cyber la plus active et la plus persistante. Les agences fédérales décrivent des groupes liés à Pékin — Volt Typhoon, Salt Typhoon — installés de longue date dans les réseaux de télécommunications, d'énergie, de transport et de distribution d'eau, non pour espionner, mais pour pouvoir paralyser le jour venu.
D'où l'idée, portée côté américain, d'une surveillance conjointe des cyberattaques menées par des IA, et de garde-fous sur les systèmes autonomes susceptibles d'intervenir dans des opérations cyber ou dans des chaînes de commandement militaires. Coopérer sur ce terrain reviendrait à admettre que la machine peut, demain, devenir un acteur de la confrontation. Pour l'instant, la nouvelle stratégie cyber de l'administration Trump, qui place la dissuasion au premier rang, évite même de désigner nommément la Chine.
Xi Jinping arrive en position paradoxale. Son économie ralentit nettement : les ventes au détail n'ont progressé que de 0,4 % en août, l'investissement en capital fixe a reculé de 7,2 % sur les huit premiers mois de l'année, et l'objectif officiel de croissance, entre 4,5 % et 5 %, est le plus bas depuis des décennies. Mais la Chine s'achemine, pour la deuxième année consécutive, vers un excédent commercial proche de 1 000 milliards de dollars.
Les attentes sont donc volontairement modestes. Comme le résume un spécialiste américain des affaires chinoises, la visite est le message : il s'agit d'abord de montrer que les deux puissances se parlent encore. Les analystes des grands centres de recherche de Washington s'accordent sur un pronostic sans éclat — une trêve inconfortable, prolongée faute de mieux. Une trêve commerciale peut être reconduite, des achats agricoles annoncés, une déclaration commune sur la sécurité de l'IA publiée. Rien de tout cela ne touchera au fond : aucune des deux puissances n'acceptera de ralentir pendant que l'autre avance.
Ce rapport de force nous concerne directement. Les réseaux, les câbles sous-marins, les centres de données, les caméras de surveillance et, désormais, les modèles d'intelligence artificielle qui équipent l'Afrique, la Caraïbe et Haïti viennent de l'un ou l'autre de ces deux camps. Aucun de nos pays n'est assis à la table de Washington, alors que les règles qui y seront discutées — qui accède à la puissance de calcul, qui fixe les normes de sécurité, qui contrôle les infrastructures — s'appliqueront à nous sans nous. La souveraineté numérique n'est plus un débat d'ingénieurs : c'est une question de développement, et bientôt de sécurité nationale.
Et si la prochaine confrontation entre Washington et Pékin ne se jouait plus sur les champs de bataille ni dans les échanges commerciaux, mais dans les centres de données, les puces et les algorithmes ? Le sommet de Washington ne tranchera pas cette question. Il dira seulement jusqu'où les deux puissances peuvent encore se parler dans un domaine où la compétition technologique et la sécurité nationale ne font plus qu'un.
Gédem's Francklin EDOUARD
CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

Le tableau le plus cher de l'histoire, vendu 450 millions de dollars en 2017, serait l'œuvre de Giovanni Boltraffio, disciple de Léonard de Vinci, à 81 % de probabilité. C'est la conclusion du chercheur brésilien Átila Soares da Costa Filho et de son logiciel d'intelligence artificielle Luminari.

Milot dans le Nord, Les Cayes dans le Sud : le ministre des Sports Pythagore Dumas a présenté le 14 octobre un projet de deux stades. Pour l'instant, seul le financement des études figure au budget 2026-2027.

Micros branchés, caméras en place, salle pleine : à 48 heures du concert ZILE, Anie Alerte a rencontré la presse ce jeudi 15 octobre. Rendez-vous samedi 17 octobre à l'Espace Chevreul de Nanterre, avec Antonny Drew, pour une grande nuit de musique haïtienne.