Le Département d'État américain a confirmé le 28 août que la suspension des visas d'immigrant visant les ressortissants de 75 pays, dont Haïti, n'est plus en vigueur. Mais les entretiens restent suspendus dans le monde entier.

Le Département d'État américain a confirmé le 28 août que la suspension imposée depuis le 21 janvier aux ressortissants de 75 pays, dont Haïti, n'est plus en vigueur. Une victoire judiciaire réelle, dont la portée est aussitôt tempérée par une autre mesure passée presque inaperçue : les entretiens de visas d'immigrant sont à l'arrêt dans le monde entier.
C'est une ligne discrète, ajoutée sur le site consulaire américain, qui vient refermer sept mois d'attente pour des dizaines de milliers de familles. Le Département d'État y indique que la suspension de délivrance des visas d'immigrant visant les ressortissants de 75 pays a pris fin le 21 août, en application d'une ordonnance judiciaire rendue dans l'affaire CLINIC et al. v. Rubio et al. Haïti figurait parmi les pays concernés.
À l'origine de ce revirement : la décision rendue le 21 août par la juge Jeannette A. Vargas, du tribunal fédéral du district sud de New York. Dans un jugement de soixante et une pages, la magistrate a annulé la politique en la jugeant contraire à la loi et prise au-delà des pouvoirs conférés par le Congrès au secrétaire d'État, Marco Rubio.
Le raisonnement de la juge tient en une idée simple. La loi américaine sur l'immigration confie aux agents consulaires — et à eux seuls — le pouvoir d'apprécier chaque dossier au regard de critères précis. Une interdiction générale fondée sur la seule nationalité du demandeur vide ce mécanisme de sa substance. La juge a donc annulé la mesure ainsi que les refus qui reposaient uniquement sur elle. Les refus justifiés par un autre motif légal, eux, demeurent.
Le recours avait été porté par deux organisations, le Catholic Legal Immigration Network (CLINIC) et African Communities Together, accompagnées de onze requérants individuels. « Cette affaire est avant tout une question de familles qu'on empêche de se retrouver », a réagi Anna Gallagher, directrice exécutive de CLINIC. Pour Diana Konate, d'African Communities Together, la décision met fin à une mesure qui a séparé des proches pendant des mois.
Annoncée le 14 janvier et entrée en vigueur une semaine plus tard, la suspension reposait sur la notion de public charge — la crainte qu'un immigrant ne devienne dépendant des aides publiques américaines. Le Département d'État s'appuyait sur des données du Conseil des conseillers économiques selon lesquelles plus de 30 % des foyers immigrés originaires de ces pays percevaient une forme d'assistance publique.
La mesure ne touchait que les visas d'immigrant, c'est-à-dire ceux qui ouvrent droit à la résidence permanente et sont délivrés par les consulats à l'étranger. Les visas de touriste, d'étudiant et de travail temporaire n'étaient pas concernés, pas plus que les demandes d'ajustement de statut déposées depuis le territoire américain. Les visas déjà délivrés n'ont jamais été révoqués.
La levée du gel ne signifie pas que les dossiers vont repartir immédiatement. Depuis le début du mois d'août, le Département d'État a suspendu les rendez-vous d'entretien pour les visas d'immigrant dans l'ensemble de ses ambassades et consulats, le temps d'une formation approfondie des agents consulaires sur les nouvelles consignes en matière de public charge. Ni la durée ni le périmètre exact de cette suspension n'ont été rendus publics.
Les plaignants sont d'ailleurs retournés devant le tribunal pour demander l'exécution effective de l'ordonnance du 21 août concernant les 75 pays. De son côté, le Département d'État affirme poursuivre l'examen de ses procédures de contrôle et de vérification, et n'a pas commenté la procédure en cours.
Autrement dit : le principe est rétabli, la pratique reste incertaine. Pour les familles haïtiennes engagées dans une procédure de regroupement, la règle redevient celle de l'examen individuel, dossier par dossier. Mais une décision de justice ne remplit pas les carnets de rendez-vous des consulats. Un appel de l'administration demeure par ailleurs possible.
Sources : Département d'État des États-Unis (mise à jour du 28 août 2026) ; jugement du 21 août 2026, Catholic Legal Immigration Network, Inc. v. Rubio, tribunal fédéral du district sud de New York ; Associated Press ; Reuters.
Gédem's Francklin EDOUARD
CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

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