Dans le Miami Herald, l'ambassadeur américain à l'ONU Mike Waltz présente la Force de répression des gangs comme la solution enfin trouvée pour Haïti. Effectifs, droits humains, élections, diaspora : ce que sa tribune ne dit pas.

New York / Port-au-Prince, 2 octobre 2026. — Trois jours après le renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (FRG) par le Conseil de sécurité, l'ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Mike Waltz, signe dans le Miami Herald une tribune au message sans détour : une Haïti plus sûre ferait une Amérique plus sûre. Le texte présente la mission multinationale comme le modèle enfin trouvé. Mais entre le récit de Washington et ce que décrivent les responsables haïtiens, les défenseurs des droits humains et les Nations unies elles-mêmes, l'écart reste considérable.
Pour le diplomate américain, Haïti compte d'abord pour les États-Unis par sa proximité : quelques centaines de kilomètres séparent le pays de la Floride, et les gangs y exportent, selon lui, misère, drogue et violence. Il oppose la FRG à trois impasses passées : l'indifférence, les missions coûteuses mal conçues et l'envoi de soldats américains. Il vise à la fois les interventions de l'ère Clinton et le financement, sous l'administration Biden, d'une mission dirigée par le Kenya qu'il juge condamnée d'avance.
Sa thèse : avec le Panama, Washington a porté en septembre 2025 la résolution 2793, qui a transformé une mission à court d'effectifs en une force qu'il décrit comme cinq fois plus grande, pour un coût réduit de 75 % pour le contribuable américain. Le mandat serait désormais clair : traquer les gangs. De retour d'une visite en juillet, il décrit des unités salvadoriennes, guatémaltèques, jamaïcaines, tchadiennes et sri-lankaises, sous commandement mongol, prêtes selon lui à « reprendre Haïti aux gangs ».
Il salue aussi le Pacte national signé plus tôt dans l'année par quelque 350 responsables politiques, économiques, universitaires et de la société civile. Et il conclut sur un appel : la force ne peut qu'ouvrir une brèche ; c'est aux Haïtiens, dirigeants, policiers et diaspora compris, d'en faire une sécurité durable.
La résolution 2829, adoptée le 29 septembre par 12 voix et 3 abstentions (Chine, Russie, Pakistan), prolonge le mandat de la FRG jusqu'au 31 mars 2027. Six mois seulement, alors qu'une prolongation de deux ans avait été demandée. Le texte maintient l'appui logistique de l'ONU par l'intermédiaire de son Bureau d'appui en Haïti et rappelle que la force doit agir dans le strict respect du droit international des droits humains.
Surtout, les chiffres contredisent l'image d'une force pleinement opérationnelle. Autorisée à 5 500 personnels, la FRG reste sous les 30 % de son effectif cible. Mike Waltz lui-même a avancé devant le Conseil le chiffre d'environ 1 500 soldats déployés ; d'autres décomptes évoquent à peine plus de 1 000. La force devait atteindre sa pleine capacité ce mois d'octobre. Elle en est loin, malgré l'arrivée d'un contingent tchadien à la mi-septembre. La force « cinq fois plus grande » existe donc d'abord sur le papier.
L'ambassadeur d'Haïti à l'ONU, Pierre Ericq Pierre, a salué le renouvellement tout en réclamant les hommes, les équipements et les moyens nécessaires au plein déploiement. Son avertissement va au-delà des combats : arracher du territoire aux gangs ne suffit pas, il faut le tenir, y rétablir les services publics et empêcher le retour des groupes armés. Le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a, lui, parlé d'une avancée importante.
Sur le terrain, le ton est moins assuré. Le défenseur des droits humains Pierre Espérance estimait récemment que la présence de la force ne se fait pas sentir et jugeait le scrutin impossible à organiser tant que les routes restent aux mains des gangs.
Côté ONU, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, dresse un bilan lourd : au moins 5 700 personnes tuées ou blessées entre le 1er janvier et le 11 septembre 2026, dont plus de la moitié lors d'opérations de sécurité, et des exécutions sommaires qui se poursuivent. C'est l'angle mort de la tribune américaine : la répression elle-même fait des victimes, et la question de la redevabilité reste entière. En s'abstenant, la Chine a résumé l'objection de fond : la crise haïtienne ne se réduit pas à un problème de sécurité.
Le premier tour des élections est fixé au 13 décembre 2026, le second au 21 février 2027. Le mandat de six mois couvre exactement cette fenêtre. Ce n'est pas un hasard : la FRG sera désormais jugée sur sa capacité à rendre possible un scrutin, le premier depuis 2016. Si les routes, les bureaux de vote et les électeurs ne sont pas protégés, aucune résolution ne produira d'élections crédibles.
Mike Waltz appelle la diaspora haïtienne des États-Unis à prendre sa part dans le redressement du pays. L'appel mérite d'être entendu. Il sonne pourtant étrangement au regard des politiques migratoires de la région : selon le Haut-Commissariat, plus de 220 000 personnes, dont près de 20 000 enfants, ont été renvoyées de force en Haïti depuis le début de 2026 par plusieurs pays. En septembre encore, 82 Haïtiens débarquaient menottés au Cap-Haïtien depuis les États-Unis. On ne peut pas à la fois décrire un pays comme un territoire à reconquérir et y renvoyer des familles qui n'y ont plus de toit.
La tribune de Mike Waltz a le mérite de la franchise : pour Washington, Haïti est d'abord une question de sécurité nationale américaine. C'est un intérêt assumé, et il est utile que les Haïtiens le sachent. Mais une force internationale ne bâtit ni État, ni justice, ni économie. Elle ne vaut que par ce qui la suit : une police haïtienne capable de tenir le terrain, des poursuites contre ceux qui financent et arment les gangs, une protection réelle des civils, et un processus électoral qui rende le pouvoir aux Haïtiens.
Sur un point, et peut-être un seul, Mike Waltz et les Haïtiens se rejoignent : la force peut ouvrir la porte, elle ne peut pas entrer à leur place.
Sources : tribune de Mike Waltz, Miami Herald, 2 octobre 2026 · Nations unies (Conseil de sécurité, HCDH) · CBC · UPI · The Haitian Times · RCI
Crédits photos : visuel de couverture © Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince ; soldats tchadiens © Gang Suppression Force.
Gédem's Francklin EDOUARD / CHEF DE RÉDACTION DU JOURNAL LA MAISON

Le tableau le plus cher de l'histoire, vendu 450 millions de dollars en 2017, serait l'œuvre de Giovanni Boltraffio, disciple de Léonard de Vinci, à 81 % de probabilité. C'est la conclusion du chercheur brésilien Átila Soares da Costa Filho et de son logiciel d'intelligence artificielle Luminari.

Milot dans le Nord, Les Cayes dans le Sud : le ministre des Sports Pythagore Dumas a présenté le 14 octobre un projet de deux stades. Pour l'instant, seul le financement des études figure au budget 2026-2027.

Micros branchés, caméras en place, salle pleine : à 48 heures du concert ZILE, Anie Alerte a rencontré la presse ce jeudi 15 octobre. Rendez-vous samedi 17 octobre à l'Espace Chevreul de Nanterre, avec Antonny Drew, pour une grande nuit de musique haïtienne.